Dans la région de l’Indénié, le nom d’Amoikon Eponon est aujourd’hui synonyme de réussite en pisciculture. Ancien cadre bancaire, il a su transformer une activité secondaire en une entreprise florissante de production d’alevins. Son parcours illustre non seulement les opportunités économiques du secteur halieutique, mais aussi les défis structurels qui freinent son essor en Côte d’Ivoire.
Une transition stratégique vers l’entrepreneuriat piscicole
Après une carrière bancaire, Amoikon Eponon découvre le potentiel de la pisciculture en 1997 en reprenant un étang hérité de son père. Il perfectionne ses techniques grâce à des formations soutenues par la coopération belge et, en 2011, fait de cette activité son métier à plein temps. Aujourd’hui, sa ferme comprend 25 étangs et une capacité de production mensuelle de 120 000 alevins. Un chiffre qui pourrait grimper à 500 000 alevins par mois si des investissements adéquats étaient réalisés.
Son succès reflète l’essor de la pisciculture en Côte d’Ivoire, où la demande en poissons dépasse largement l’offre locale. En 2023, le pays a importé plus de 600 000 tonnes de poissons, représentant une facture de plus de 300 milliards de FCFA par an. Pourtant, avec un appui adéquat, le secteur pourrait significativement réduire cette dépendance et renforcer la souveraineté alimentaire nationale.
Un modèle de réussite freiné par des obstacles structurels
Malgré sa rentabilité, l’activité piscicole reste confrontée à plusieurs défis qui freinent son expansion. Le coût des intrants, en particulier celui des aliments pour poissons, représente une charge lourde pour les producteurs qui limite leur capacité à accroître leur production. Par ailleurs, l’accès aux géniteurs constitue une contrainte majeure, car leur fourniture est exclusivement assurée par le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), réduisant ainsi l’autonomie des pisciculteurs.
À ces difficultés s’ajoute le manque de financement, un obstacle de taille pour un secteur pourtant en pleine croissance. L’absence de soutien financier adapté empêche de nombreux entrepreneurs d’investir dans des infrastructures plus modernes et d’augmenter leur capacité de production. Pourtant, la demande locale en poissons et en alevins ne cesse de croître et révèle un potentiel considérable encore sous-exploité.
« L’État doit s’engager davantage pour soutenir les pisciculteurs »
Lauréat du Prix National d’Excellence des Écloseries 2022, Amoikon Eponon voit en cette distinction une reconnaissance de son engagement. Pourtant, il insiste : des réformes sont nécessaires pour assurer un développement durable du secteur.
"Si nous voulons réellement réduire notre dépendance aux importations de poissons, il faut que l’État nous accompagne davantage", affirme-t-il, soulignant également la nécessité d’alléger le coût des intrants. "Le prix des aliments pour poissons est un frein énorme. Une subvention permettrait à de nombreux pisciculteurs de se développer. »
L’accès au financement reste également une préoccupation pour lui : « Beaucoup d’entre nous pourraient accroître leur production si les banques et les institutions de microfinance nous faisaient confiance. Des programmes comme FISHA4ACP de la FAO sont une bonne initiative, mais il faut les renforcer et les rendre plus accessibles."
Amoikon Eponon appelle à une meilleure structuration de la filière : "Nous avons les compétences et la volonté. Avec un plan national adapté de soutien à la pisciculture, nous pourrions non seulement nourrir le pays, mais aussi exporter nos produits. Des pays de la sous-région ouest-africaine ont investi massivement dans leurs filières aquacoles; nous pouvons suivre ces exemples !"
Une vision pour l'avenir de la pisciculture
L’exemple d’Amoikon Eponon montre que la pisciculture peut être une solution durable aux défis de sécurité alimentaire et de développement économique en Côte d’Ivoire. Mais pour libérer pleinement le potentiel du secteur, un engagement plus fort de l’État et des partenaires au développement est indispensable.
En s’inspirant de certains modèles dans la sous-région, la Côte d’Ivoire pourrait structurer un plan national de développement aquacole axé sur :
- Des incitations financières pour réduire le coût des intrants et favoriser l’investissement dans les infrastructures.
- Un accès élargi aux géniteurs et à l’innovation pour améliorer la productivité des écloseries locales.
- Un appui à la formation et au renforcement des capacités des pisciculteurs pour standardiser et moderniser la production.
Avec une vision davantage stratégique et des réformes adaptées, la pisciculture ivoirienne pourrait non seulement répondre aux besoins nationaux, mais aussi devenir un moteur d’exportation dans la sous-région. À travers son parcours, Amoikon Eponon incarne cette ambition, celle d’un secteur halieutique dynamique, innovant et résilient, au service du développement économique et de la souveraineté alimentaire du pays.