Histoire
01 septembre 2026
Comment la Côte d’Ivoire fait progresser l’éducation des filles et le leadership des femmes
« Toutes les jeunes filles doivent aller à l'école. » - Fatima Koné est élève au CM1 à l’école primaire Dembasso dans la région de Bagoué en Côte d’Ivoire. Elle connaît la valeur de l’éducation. « J’ai appris à écrire et à lire à l’école », dit-elle fièrement. Ses matières préférées sont les mathématiques et les sciences, et son rêve est de devenir sage-femme. Dans sa communauté, les filles ne sont pas toutes scolarisées.Beaucoup se heurtent à des obstacles qui les empêchent de poursuivre leur scolarité : tâches ménagères, mariages précoces, coût des fournitures scolaires et frais de scolarité, inquiétudes des parents concernant la sécurité, ainsi que le manque d'enseignantes et de femmes à la direction des établissements. L'éducation des filles commence au sein de la communautéPartout en Côte d’Ivoire, des mères contribuent à faire tomber ces barrières en encourageant les parents et les responsables d’enfants à scolariser les filles. Mariam Touré, l’une de ces mères engagées, conseille aux parents de parler ouvertement avec leurs filles de l’importance d’aller à l’école. « Nous [les adultes], on ne sait ni lire ni écrire. Ce n'est pas facile. On ne peut pas laisser nos enfants devenir comme nous. » dit-elle.Une autre mère, Patricia Ouattara, explique comment les mentalités ont commencé à évoluer dans son village. « Ici, c'est un village musulman. Pour les parents, l'école c'est pour les garçons, pas pour les filles. Le directeur est venu me voir pour me dire qu'on devait créer un groupe au sein de l'école pour sensibiliser les parents, et ils ont accepté l'idée. Toutes les petites filles du village vont désormais à l’école. »Sans ces actions en faveur de l'éducation des filles, beaucoup d'entre elles seraient encore exposées au risque d'abandon scolaire et auraient peu de chances de se construire un avenir prospère.Des mères qui soutiennent l'éducation des fillesEn 2025, Mariam et Patricia sont devenues présidentes de leur club local des mères d’écolières et collégiennes. Ces clubs s’inscrivent dans un mouvement national visant à accroître la scolarisation des filles dans le cadre du Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base (PATEB) mis en place par le gouvernement.Le Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base vise à rendre l’éducation plus équitable et à améliorer la qualité de l’apprentissage pour tous les élèves. Il est soutenu par un financement pour la transformation du système de 35,9 millions de dollars pour la période 2024-2028, octroyé par le GPE, avec le soutien de l’UNESCO pour sa mise en œuvre. Ces clubs ont été créés à l’initiative du ministère de l’Éducation et de la Jeunesse afin de maintenir les filles à l’école en impliquant directement les mères dans le soutien et le suivi de l’éducation de leurs enfants.Une étude menée par l’UNICEF Innocenti (Data Must Speak) a montré que ces clubs constituent un moyen efficace et relativement peu coûteux de réduire les taux d’abandon scolaire chez les filles. En 2022, 11 % des écoles primaires disposaient d’un club. Grâce au financement du GPE, les clubs existants sont aujourd’hui renforcés et de nouveaux voient le jour. À ce jour, 90 clubs ont été créés dans des écoles primaires et 30 dans des établissements ruraux du premier cycle du secondaire.L’extension de ce soutien au premier cycle du secondaire est particulièrement importante, puisque seules 58 % des filles achèvent ce niveau d’enseignement en Côte d’Ivoire.Donner aux communautés les moyens de progresser vers l'égalité des genresOutre la sensibilisation des parents, ces clubs offrent un canal de communication direct avec les jeunes filles confrontées à des difficultés telles que les grossesses précoces et les violences basées sur le genre.« Ce projet nous a permis de mettre sur pied des activités pour aider nos écolières et collégiennes à pouvoir avancer dans leurs études et transformer leur quotidien et leur mentalité. Nous organisons des réunions afin de sensibiliser les filles sur les dangers liés aux grossesses précoces. Elles ont permis aux filles de se rapprocher. Ici, dans le Nord, les questions concernant le genre sont tabou. Nous demandons aux femmes de conseiller leurs filles à la maison et de les aider à prendre les études au sérieux. » Mouroufié Née N’Guessan - Enseignante au Collège Moderne de Banankoro, région de Folon, Côte d’IvoireCes clubs apportent également une aide financière aux filles dont les familles n'ont pas les moyens de payer les frais de scolarité. Les femmes créent de petites coopératives, notamment dans le domaine agricole, et utilisent les revenus générés pour aider les enfants à rester à l'école.« Le club nous a donné les outils nécessaires aux travaux des champs et des jardins. Ils nous ont donné une moto pour transporter les oignons et les tomates que l’on cultive. Grâce à cela, on arrive à répondre aux besoins de nos enfants pour payer les fournitures et les frais de scolarité. »Mariam Touré - Présidente du Club des mères d'écolières et collégiennes de Banankoro, région de Folon, Côte d’IvoirePromouvoir le leadership des femmes dans le domaine de l'éducationOutre le soutien apporté à l'éducation des filles au niveau communautaire et scolaire, le gouvernement met en œuvre d'importantes réformes systémiques qui contribuent davantage aux objectifs d'équité du secteur.Si la présence des femmes dans l'éducation s'est améliorée au cours de la dernière décennie, les inégalités persistent. Dans l’enseignement primaire, la proportion d’enseignantes est passée de 26 à 38 % entre 2014 et 2024. Au secondaire, elle est restée faible, passant seulement de 15 % à 17 % au cours de la même période. En 2024, les femmes ne représentaient que 13 % des directeurs d’école primaire et 22 % des chefs d’établissement secondaire.Ces inégalités se retrouvent également dans l’administration de l’éducation. « Au sein du ministère, plus de 70 % des postes décisionnels sont occupés par des hommes », explique Georgette Brou, directrice de l’Équité et de l’Égalité des genres au ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique. Ces déséquilibres ne constituent pas seulement un problème d’équité, ils peuvent également affecter le fonctionnement du système éducatif. Le programme Women in Learning Leadership (Les femmes dans le leadership éducatif) de l’IIPE-UNESCO montre que la présence de femmes dans l’enseignement et aux postes de direction peut améliorer les performances des établissements scolaires.En Côte d’Ivoire, les établissements dirigés par des femmes enregistrent des taux de passage dans la classe supérieure plus élevés pour l’ensemble des élèves, filles et garçons confondus, que ceux dirigés par des hommes.Un engagement politique fortLe gouvernement a donc lancé une réforme ambitieuse visant à promouvoir un accès équitable aux postes de direction dans le secteur de l'éducation.« En 2025, le ministère de l'Éducation a franchi un cap symbolique, avec plus de 30 % de femmes parmi les nouveaux chefs d'établissement nommés. »Amadou Kande - Directeur adjoint, Direction des ressources humaines, Côte d’IvoireCet engagement s'inscrit dans le prolongement de plus d'une décennie de réformes reconnaissant le rôle central des chefs d'établissement dans l'amélioration du système éducatif (PSE 2016–2025, EGENA 2021).Le Pacte de partenariat de la Côte d’Ivoire pour la période 2024–2029 est allé plus loin en intégrant l’égalité des genres aux postes de direction comme levier de transformation du système. En 2026, le gouvernement a mené un dialogue stratégique avec les acteurs du secteur de l’éducation, consolidant ainsi les acquis en matière d’égalité des genres et ancrant durablement les questions de genre au sein du système éducatif du pays.Ces réformes sont mises en œuvre par le biais du Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base, qui s’attaque aux obstacles, aux politiques et au renforcement des capacités, ainsi que du Programme de renforcement du système éducatif de base (PRSEB), qui suit les progrès en matière d’égalité professionnelle. Ce dernier est financé en partie par le GPE grâce à un financement de 22 millions de dollars au titre de l’Accélérateur de l’éducation des filles et à un financement de 55 millions de dollars au titre du fonds à effet multiplicateur, avec le soutien de la Banque mondiale pour la mise en œuvre.Un principe directeur sous-tend ces réformes : l'augmentation du nombre de femmes occupant des postes de direction doit s'accompagner de mesures visant à soutenir durablement ces femmes dans leurs fonctions.« Soutenir le leadership des femmes n’est pas seulement une question d’égalité. C’est un levier stratégique pour améliorer durablement la qualité, l’efficacité et l’équité du système éducatif. »Fatimata Marie Christ Koné - Conseillère technique auprès du ministre et ancienne directrice du lycée Sainte-Marie à Abidjan, Côte d’IvoireDu diagnostic à l'action : soutenir les femmes dirigeantesDans le cadre du Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base, l’IIPE-UNESCO a mené en 2025 une étude afin d’identifier les principaux obstacles à l’accès et à l’exercice des fonctions de direction par les femmes en Côte d’Ivoire. Fondée sur les points de vue de près de 2 000 acteurs du secteur de l’éducation, cette étude a servi de base à l’élaboration d’un plan d’action associant un accompagnement ciblé (formation, mentorat, réseaux) à des ajustements du cadre institutionnel.Les résultats commencent déjà à se faire sentir. « Plus de 250 femmes occupant des postes de direction dans l’enseignement, qu’elles soient déjà en poste ou nouvellement nommées, ont déjà été formées », déclare Yao Ristid N’Da, coordinateur du Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base.En 2026, près de 100 directrices et directrices adjointes d’établissement ont participé à une nouvelle session de formation, dispensée par l’IIPE-UNESCO, comprenant des modules sur le leadership transformateur du genre et la gestion de la résistance au changement. « Il n’est pas rare qu’un collègue homme ait du mal à accepter d’être dirigé par une femme », a expliqué une directrice d’établissement au cours de la formation.« J’ai compris que la résistance fait partie intégrante du processus de changement. Aujourd’hui, je me sens capable de l’anticiper et d’y répondre de manière stratégique plutôt que de simplement la subir. »Léonie Adou - Directrice adjointe, Collège Moderne de Yopougon Sogefiha, Côte d’IvoireCette formation a également contribué à faire évoluer les perceptions concernant le leadership en soi, et elle fera l'objet d'un déploiement à plus grande échelle.« Ce qui a particulièrement marqué les participantes, c’est la dimension relationnelle du leadership. Des compétences telles que l’écoute, l’empathie et le soutien, souvent perçues comme féminines et longtemps sous-estimées, sont en réalité essentielles au bon fonctionnement des établissements scolaires et des administrations responsables de l’éducation. Elles contribuent à instaurer un climat de confiance, à prévenir les conflits et à maintenir les équipes motivées. »Jihane Lamouri - Analyste et planificatrice en matière d'éducation prenant en compte le genre, IIEP-UNESCOL'égalité des genres : une transformation systémiqueQu'il s'agisse de donner aux mères les moyens de soutenir l'éducation des filles ou de renforcer le leadership des femmes à tous les niveaux du système, la Côte d'Ivoire concrétise ses engagements politiques en actions concrètes.Le Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base met l’accent sur une transformation à l’échelle du système, en s’attaquant aux problèmes de gouvernance, de gestion des ressources humaines et aux points de blocage institutionnels qui entravent l’amélioration des résultats scolaires, tout en intégrant l’égalité des genres comme principe fondamental, de la conception à la mise en œuvre des programmes.Le Programme de renforcement du système éducatif de base vient compléter ces efforts par un soutien ciblé en faveur des filles — en particulier au niveau secondaire — grâce à des interventions telles que la mise en place de plans individualisés pour les filles menacées de décrochage scolaire et la sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive.Ensemble, ces réformes contribuent à maintenir davantage de filles à l’école et à accroître la présence des femmes dans les fonctions d’enseignement, d’administration et de direction à tous les niveaux du système éducatif.Le rêve de Fatima de voir toutes les filles aller à l’école est en train de devenir réalité.Le GPE accompagne la Côte d'Ivoire dans la transformation de son système éducatif, en mettant l'accent sur la réforme prioritaire visant à améliorer l'apprentissage fondamental afin que tous les élèves acquièrent les compétences nécessaires pour réussir pleinement à l'école et au-delà. La Côte d'Ivoire bénéficie de plusieurs financements du GPE qui soutiennent des réformes à travers l'ensemble du système éducatif, conformément au Pacte de partenariat du pays. L'égalité des genres est intégrée dans tous les financements, tandis que l'Accélérateur de l’éducation des filles apporte un soutien ciblé aux filles les plus marginalisées, améliorant ainsi l'accès équitable à l'éducation.Points clésEn Côte d'Ivoire, les filles sont moins nombreuses que les garçons à achever le premier cycle du secondaire, et les femmes sont sous-représentées aux postes de direction dans le secteur de l'éducation.Le gouvernement a fait de l'égalité des genres une priorité, y voyant un levier pour opérer un changement systémique, offrir une éducation de qualité à tous les enfants et contribuer à une société plus prospère.Avec le soutien du GPE et de l'UNESCO, la Côte d'Ivoire donne aux communautés les moyens de soutenir l'éducation des filles tout en formant davantage de femmes à assumer des fonctions de direction dans les établissements scolaires et administratifs du système éducatif.Cet article a été rédigé en collaboration avec l'UNESCO Côte d'Ivoire.Toutes les photos sont de l'UNESCO Côte d'Ivoire/Mayeta Konan